
Il y a des engagements qui naissent d’une indignation qu’on ne parvient plus à taire. Pour Charlotte Bakhoum, chargée de projet égalité femmes-hommes à l’ONG GSCOT, c’est précisément ce refus de détourner les yeux qui l’a conduite, jour après jour, à faire de la lutte contre les violences basées sur le genre bien plus qu’un métier — une vocation.
Sur le terrain, elle incarne cette ligne de front invisible où se jouent des vies.
Les violences basées sur le genre ne ressemblent pas toujours à ce qu’on imagine. Elles se glissent dans les foyers sous le couvert de la tradition, se taisent par peur du regard social, se perpétuent parce que personne n’ose nommer ce qui se passe derrière les portes fermées.
« La violence la plus dangereuse, c’est celle qu’on a normalisée », dit Charlotte. Celle qu’on ne signale pas parce qu’on pense que c’est ainsi que les choses doivent être. Son travail commence là, précisément : dans ce silence qu’il faut apprendre à briser.
À travers GSCOT, elle intervient dans les quartiers et les villages, au plus près des réalités vécues par les femmes. Chaque sortie de terrain est une immersion dans des histoires complexes, où la pauvreté, l’isolement et les pesanteurs culturelles s’entrecroisent pour maintenir des femmes dans des situations qu’elles ne savent pas toujours nommer comme de la violence.
L’accompagnement des victimes exige une posture particulière. Il ne s’agit pas de décider à leur place, ni de plaquer des solutions venues d’ailleurs sur des vies ancrées dans des réalités spécifiques. Charlotte le sait : la confiance se construit lentement, et elle se perd vite.
« Une femme qui vient vous voir a souvent déjà beaucoup hésité. Elle a pesé les risques. Il faut être à la hauteur de ce courage-là. » Écoute, orientation juridique, soutien psychosocial, mise en réseau avec d’autres structures — l’accompagnement est global, parce que les besoins le sont aussi.
Mais au-delà des cas individuels, Charlotte Bakhoum sait que le changement durable ne viendra pas d’une seule prise en charge. Il viendra d’une transformation des mentalités — longue, semée d’obstacles, mais possible.
C’est là qu’intervient la sensibilisation communautaire, autre pilier de son action. Séances d’éducation dans les écoles, dialogues avec les leaders religieux et coutumiers, formations auprès des hommes et des jeunes : GSCOT mise sur une approche inclusive, convaincue qu’on ne change pas une société en excluant la moitié de ses membres du débat.
Les résistances existent. Certains rejettent le message au nom de la culture ou de la religion. D’autres écoutent, posent des questions, reviennent. Ce sont ces derniers qui donnent à Charlotte la force de continuer.
Dans ce combat qui se joue dans les gestes du quotidien autant que dans les grandes déclarations, elle avance avec la patience de ceux qui savent que les révolutions silencieuses sont souvent les plus durables.
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