Ziguinchor : le COSEF en première ligne pour la défense des droits des femmes

La chaleur est déjà pesante en ce matin de saison sèche à Ziguinchor. Dans les ruelles du quartier Boucotte, des femmes s’activent — certaines derrière leurs étals, d’autres en chemin vers des champs qu’elles cultivent seules depuis que leur mari a émigré. C’est dans ce quotidien fait de résilience silencieuse que le COSEF — Conseil Sénégalais des Femmes — a planté ses racines dans la capitale casamançaise.

Ici, l’organisation n’est pas qu’un bureau avec des affiches sur les murs. C’est une présence de terrain, une voix qui parle aux femmes dans leur langue, qui connaît leurs noms et comprend leurs peurs.

« Beaucoup de femmes ne savent pas qu’elles ont des droits. Et celles qui le savent ne savent pas comment les exercer », confie la responsable régionale du COSEF, assise dans une petite salle aux fenêtres grandes ouvertes sur la rue. Le constat est sans détour. Mariages précoces, violences domestiques, exclusion des terres familiales : les défis restent profonds, ancrés dans des normes sociales que ni les lois ni les discours officiels n’ont encore réussi à déraciner.

En Casamance, la situation porte une complexité supplémentaire. Des décennies de conflit armé ont fragilisé les structures communautaires, déplacé des familles, laissé des cicatrices invisibles. Les femmes ont souvent été les premières à tout perdre — et les dernières à être entendues.

Former pour émanciper

Face à ce tableau, le COSEF a choisi l’action concrète. Formations juridiques pour que les femmes connaissent le Code de la famille. Ateliers d’alphabétisation fonctionnelle dans les villages reculés du département. Appui à la création de groupements féminins pour générer des revenus et tisser des solidarités.

« Quand une femme comprend qu’elle a le droit de refuser, qu’elle peut hériter, qu’elle peut saisir la justice — quelque chose change en elle », dit la responsable. Ce changement, elle l’a vu de ses propres yeux : des femmes qui reprennent confiance, qui osent parler en réunion de village, qui transmettent ce qu’elles ont appris à leurs filles.

Le travail s’étend aussi aux hommes et aux chefs communautaires — parce que l’autonomisation des femmes ne peut pas se construire contre les hommes, mais avec eux.

Des avancées réelles, une route encore longue

Les résultats sont là, même s’ils se mesurent souvent dans le discret. Des cas de violence signalés et accompagnés. Des projets économiques qui tiennent. Des jeunes filles qui continuent l’école là où, il y a quelques années, elles auraient été mariées à quinze ans.

Mais le COSEF n’est pas sans contraintes. Les ressources manquent. L’enclavement de certaines zones rend l’accès difficile. Et dans une région qui panse encore ses blessures, la confiance se construit lentement.

Pourtant, dans cette salle de Boucotte, quelque chose résiste à la fatigue et au manque de moyens : une conviction. Celle que chaque femme qui prend conscience de sa valeur est une victoire en soi — et que ces victoires-là, une à une, changent une société.

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